Cécile Addou - le sport pour se relever
Ecrit par Simon Ménard
Le volley traverse la vie de Cécile Addou. Joueuse confirmée, c’est par sa version assise du jeu qu’elle a réussi à se relever de son handicap, contracté à la suite d’un sarcome du bassin. En seulement un an de pratique, celle qui a rejoint l’Équipe de France il y a six mois possède déjà un palmarès qui parle pour elle.
C’est poussée par son entourage que la jeune collégienne Cécile Addou effectue ses premières passes sur un terrain de volley. La machine est alors lancée, elle ne peut plus se passer de la balle en cuir. S’ensuit une carrière honorable qui la mène jusqu’en Nationale 3.
Tout bascule en 2021. Cécile Addou apprend qu’elle souffre d’un sarcome du bassin, un type rare de cancer osseux. Malgré les lourds traitements qu’elle subit, Addou se refuse à arrêter le sport. “Pour aller de l’avant, ça a été un choix évident” dit-elle, ayant poursuivi les efforts physiques pendant la chimiothérapie et la rééducation post-chirurgie. Ainsi, ce n’était même pas une question pour elle, son avenir s’écrirait au
sein du sport adapté à sa nouvelle condition physique. Même si elle ne peut plus sauter au filet, ni plonger lors de parties de beach-volley, Cécile aura sa revanche.
Le volley assis était une discipline que Cécile Addou ne connaissait pas, avant de poser les yeux dessus à l’occasion des Jeux Paralympiques de Paris 2024. En voyant évoluer les volleyeuses internationales, elle s’est demandé si elle serait capable de retrouver un tel niveau malgré ses opérations au niveau des lombaires. Par chance, un club situé près de chez elle a ouvert une section volley assis, sous l’impulsion de l’ancienne capitaine de l’Équipe de France Sylvanie Logello. Ni une ni deux, Cécile Addou passe les portes. La bascule a été facilitée par son bagage de volleyeuse valide, les règles étant très similaires si ce n’est la hauteur du filet. Le plus gros du travail se situe au niveau des déplacements, en glissant sur le postérieur, se lever étant considéré comme une faute. Cécile affirme être toujours en train de travailler cet aspect du jeu.
Mais avant d’adopter définitivement cette nouvelle discipline, Cécile Addou a participé à un programme permettant aux personnes porteuses de handicap de s’essayer à différents sports sous les yeux des recruteurs : La Relève. Créé par le Comité Paralympique Sportif Français en 2019, en vue des Jeux Paralympiques de Paris 2024, son but est de trouver les sportifs paralympiques de demain, les “perles rares cachées” qui pourraient se révéler dans certains sports. La sélection commence par une interview à l’INSEP, endroit que Cécile Addou n’aurait jamais pensé visiter un jour auparavant, dont le but est d’orienter les parasportives vers les bons clubs, et les bons sports, en prenant en compte s’ils visent le haut niveau ou veulent s’épanouir en loisir. Ensuite, se déroulent sur deux jours des exercices communs organisés par les représentants des Fédérations paralympiques, qui observent les candidats. Pour Cécile, La Relève est un véritable accélérateur pour passer au haut niveau et à la compétition, plutôt que de devoir subir certaines étapes qui pourraient faire perdre du temps. Cécile avait émis quatre vœux lors de ce programme : le volley assis, la natation qu’elle pratiquait en eau libre, le badminton et le cyclisme, en s’étant essayée en complément à l’aviron, au para standing tennis et au lancer de poids et de javelot. Que des sports différents, ce qui fait dire à Cécile Addou que cette offre diversifiée est ce qui rend chouette le programme La relève. Finalement, c’est le volley assis qui lui ouvre ses portes.
Si la position assise et les déplacements glissés ne l’empêchent pas de souffrir sur le terrain, Cécile Addou s’épanouit pleinement en volley assis, si bien qu’elle concourt au sein de trois équipes : le club de Hyères, où elle est licenciée et joue en loisir où elle côtoie des joueuses valides, le volley assis étant inclusif au niveau des championnats nationaux (dans son club, elles ne sont que deux handisportives) ; celui de Lyon, qui lui permet de jouer au haut niveau au format 6 vs 6 féminin ; et en Équipe de France. Les joueuses de l’équipe nationale se retrouvent régulièrement en stage au CREPS de Vichy, et lors des grandes compétitions. Sur cet aspect-là, Cécile Addou a connu une adaptation expresse avec d’ores et déjà, en moins d’un an de pratique, un beau palmarès international à son actif, ce qu’elle appelle une “courte carrière, mais déjà bien remplie”. Tout s’est très vite enchaîné : participation aux championnats d’Europe, et victoire en Silver Nations League à Prague au mois d’octobre. Un titre qui permet à l’Équipe de France de rejoindre la Golden Nations League, qui réunit les six meilleures équipes d’Europe. L’objectif de Cécile devient donc le maintien au plus haut échelon européen, qui se déroulera à Leipzig (Allemagne) en mai, face à l’Ukraine, l’Italie, l’Allemagne, la Slovénie et les Pays-Bas. Après cela, ce seront les Mondiaux de Hangzhou en ligne de mire, auxquels les Bleues se sont qualifiées grâce à leurs bonnes performances. “J’apprécie chaque moment”, rend compte Cécile. “On n’a pas fini d’évoluer, on n’a pas encore atteint notre max”, prévient-elle.
En plus du haut niveau qu’elle continue de découvrir à vitesse grand V, Cécile Addou doit également composer avec sa vie professionnelle et familiale. Elle considère avoir la chance d’être à son compte, et bien soutenue par son mari, ce qui lui permet de trouver le temps pour effectuer les déplacements et se préparer au mieux, notamment physiquement. Le statut de sportive de haut niveau acquis, elle annonce aujourd’hui se mettre en quête du démarchage de partenaires. Avec ce soutien financier, elle pourrait s’octroyer les services d’un préparateur mental, et d’un prépa physique, pour atteindre son plein potentiel et mettre de son côté tout ce qui est possible pour supporter les échéances à venir. La Fédération Française de volley-ball, de laquelle dépend le volley assis en France, prend en charge les déplacements des joueuses.
Dans le volley assis, elle retrouve ce qu’elle aimait dans ce sport chez les valides : l’aspect sport collectif, où l’on prend plaisir à construire les points. “Au volley assis, on n’est rien sans l’autre, tu ne peux pas gagner un match à toi tout seul” explique-t-elle. Si l’on ajoute la bonne ambiance qui règne au sein du groupe France, c’est un véritable conte de fée que vit actuellement la joueuse originaire d’Agde. Chez les valides, elle occupait les postes de réceptionneuse-attaquante et de centrale, rôles qu’elle retrouve en volley assis. “On a deux, trois passeuses attitrées, mais sinon on se vaut toutes plus ou moins”. Dans son sport, elle admire beaucoup les Italiennes, présentes sur le circuit depuis très longtemps, et les Américaines. Elle respecte grandement la Canadienne Heidi Peters, elle aussi victime d’un sarcome qui l’a amenée à être amputée. Addou s’inspire également d’autres sportives, valides comme handisportives, telles que Marie-José Perrec, Pauline Ferrand-Prévot ou Clarisse Agbégnénou.
Les récentes victoires de l’Équipe de France donnent des rêves de Jeux de Los Angeles à Cécile Addou. Mais le chemin est long et semé d’embûches : le tournoi paralympique ne compte que huit équipes seulement, et les qualifications n’auront lieu que trois mois avant le début des Jeux. Mais avant de s’attaquer à ce vertigineux exploit, le but pour Cécile Addou est de continuer à pratiquer de plus en plus, en obtenant d’autres créneaux pour s’entraîner. Elle voit d’un bon œil le développement du volley assis, avec de plus en plus de clubs valides qui ouvrent des sections handisport. Elle souhaite aussi mettre en avant les bienfaits du sport en général. Elle essaie de particulièrement s’adresser aux femmes handisportives, voire à celles faisant face à un combat contre le cancer, en les appelant à pousser la porte d’un club pour s’adonner à un sport qu’elles n’auraient peut-être jamais soupçonné pratiquer.
“Ne serait-ce que pour s’occuper l’esprit, oublier les traitements, oublier la maladie, oublier le handicap, cela ne peut faire que du bien. C’est possible, croyez en vous”.
Interview de Cécile Addou
Pour la retrouver : https://www.youtube.com/watch?v=L3ikOPCKTQA