Nantenin Keïta

Nantenin Keïta - L'albatros des Pistes

1984 à aujourd'hui - Ecrit par Marie Fournier

Porte-drapeau de la délégation française aux Jeux de Paris 2024, Nantenin Keïta est une légende qui a su marquer les générations. Tout le monde se rappele de son titre à Rio, pourtant la Française a remporté bien plus de médailles tout en étant une femme extrêmement engagée. Découvrez son histoire.

Née en 1984 au Mali, les médecins détectent à sa naissance son albinisme, une maladie héréditaire qui touche aussi son père Seifa, un célèbre musicien malien. Son albinisme ne se résume pas une peau et des yeux plus claire. Comme beaucoup personne atteinte de cette maladie, Nantenin Keïta est également malvoyant. Pour elle, il est impossible de lire à un panneau de rue même en étant en-dessous de celui-ci.

Un fort caractère

En 1987, sa famille s’installe à Montreuil pour le boulot de son père. A la maison, tout se passe à merveille, mais à l’école tout est différent. A la maternelle, Nantenin raconte qu’elle subit des moqueries et qu’aucun de ses camarades ne veut jouer avec elle. Ne comprenant pas cette situation, l’enfant en parle à son père. Celui-ci lui donne un précieux conseil, explique sa différence. Le lendemain, elle les suit et ses camarades sont intrigués :

« J’éveille la curiosité de mes camarades qui me posent des questions sur le sujet. Cela a démystifié cet aspect-là de moi. »

La découverte du sport

Le sport, Nantenin Keïta le découvre à l’école. Elle pratique d’abord le handball, où son entraîneuse la fait jouer gardienne. Evidemment, elle n’apprécie pas l’expérience. Loin de se laisser à abattre, la Franco-Malienne s’essaye au basket-ball, mais avec son handicap, la pratique est bien trop compliquée pour elle.

Puis arrivée le collège spécialisé. Là-bas, Nantenin fait la rencontre d’un professeur de sport unique en son genre. En effet, dès la sixième, il n’hésite pas une seconde à inscrite toute sa classe à une compétition d’athlétisme handisport. Cette expérience la convint de pratiquer ce sport. Au début, elle ne le prend pas réellement au sérieux. Elle est certes appliquée à l’entraînement hebdomadaire, mais ne pousse pas plus loin.

Repérée par la fédération

A 15 ans, Nantenin Keïta participe à une compétition comme à son habitude. Mais cette fois-ci, un membre de la fédération handisport. Ce dernier lui propose alors de l’accompagner avec une équipe spécialisée et l’adolescente accepte la proposition.

Toujours aussi sérieuse, elle voit cette époque le sport comme un échappatoire du quotidien. Elle ne fixe aucun objectif à part prendre du plaisir. Pourtant sa progression l’amène au plus haut niveau national. A 18 ans, elle se qualifie pour les Mondiaux, une compétition qui allait la transformer.

Lors de championnat du monde, la sélection l’aligne sur le 100m, le 200m et le 400m, les disciplines où elle peut véritablement performer. La jeune athlète le prouve tout de suite. Elle se qualifie trois fois en finale et remporte surtout l’argent sur le 400m ! Ses résultats sont un véritable déclic. Elle le confie à Oyaba 360 :

« Malgré une médaille d’argent sur le 400 mètres, je veux briller sur la discipline reine et je comprends rapidement pourquoi je dois m’entraîner. »

A la quête du titre paralympique

Après cette compétition, Nantenin Keïta change de club pour passer d’un à trois entraînements par semaine en plus de sa séance d’UNSS le mercredi. Ce changement va la faire progresser très rapidement. En 2006, pour ses deuxièmes Mondiaux, elle repart avec trois médailles dont deux titres (sur le 200m et le 400m).

Qualifiée aux Jeux Paralympiques, la Française n’a qu’un objectif, l’or ! A deux reprises, l’athlète la frôle. D’abord, elle termine troisième du 400m puis deuxième sur le 200m. Lors de ses Jeux, Nantenin remarque que les athlètes sont de mieux en mieux entraînées et pour certaines sont soutenus par des sponsors :

« Lors des Jeux de Pékin, je trouve que la compétition n’est plus la même que lors des championnats du monde deux ans plus tôt. Il y a de plus en plus de para-athlètes, le milieu se professionnalise. »

Malheureusement, en France, la fédération a peu de soutien financier et trouver des sponsors en tant qu’athlète est (et reste) extrêmement compliqué, surtout quand votre discipline n’est pas médiatisée. Par chance, Nantenin Keïta est soutenue par son employeur qui lui laisse gérer sa vie professionnelle autour de sa pratique du sport. Elle est véritablement épanouie. Cela va se refléter dans ses résultats, montant de plus en plus régulièrement sur les podiums internationaux.

2016 signe son année de consécration. Cette année-là, la Française est qualifiée aux Jeux Paralympiques. Sur le 400m, elle se présente comme championne du Monde en titre et double championne d’Europe de la discipline. Autant dire, elle parmi les favorites au titre. Ce statut l’athlète l’embrasse en gagnant l’épreuve, un rêve qui se réalise pour elle ! Pour une fois, les Jeux sont diffusés en direct à la télé pouvant savourer sa victoire avec les téléspectateurs français. Elle le dit aujourd’hui, cette victoire est de loin son meilleur souvenir sportif :

« La médaille d’or arrive à Rio parce que je suis dans ce système depuis trois ans, dans lequel je me sens sereine et que je peux m’entraîner sans douleur. C’est un peu comme la cerise sur le gâteau, mais il y a tout le gâteau avant, qui est particulièrement succulent. Et c’est ça le sport ! »

La persévérance

Après cette victoire, Nantenin Keïta vit des moments compliqués. Régulièrement blessée, elle n’arrive plus à performer comme elle souhaite. Son niveau ne décline pas pour autant, mes adversaires, elles progressent et se professionnalisent. Pour autant, la Française se qualifie pour les Jeux suivants, motivée à défendre son titre. Malheureusement, elle se blesse de nouveau durant la compétition.

Nantenin Keïta ne compte pas s’arrêter ici. Elle vise les Jeux de Paris 2024 et un adieu devant ses supporters. Ces Paralympiques vont tout simplement être magique pour elle, en étant porteuse de la flemme olympique, une des dernières relayeuses de la flamme paralympique et surtout porte-drapeau de la délégation. De ces Jeux, elle repart certes sans médaille, une petite déception pour elle, mais avec des souvenirs jamais à graver dans son esprit.

Une femme engagée

En parallèle de la piste, Nantenin Keïta est une femme extrêmement engagée. En effet, en 2005, la fonde son association avec son père. Avec la Fondation Salif Keïta, elle avait et a toujours la vocation d’offrir un meilleur accès à l’éducation et à la santé aux personnes albinos au Mali. Par exemple, cette structure offre des kits de protection du soleil, composés de crème solaire et de lunettes de soleil, essentiel pour le bien-être des personnes albinos.

Nantenin est une athlète qui aura marqué son temps par ses médailles, son engagement et sa personnalité. Comme elle le dit :

« J’espère que mon histoire peut donner envie et confiance à d’autres. Que certains jeunes se disent : “si elle y est arrivée, j’en suis capable.” »

En athlétisme

  •  1x Championne paralympique
  • 1x Vice-championne paralympique
  • 2x Médaille de bronze aux Jeux
  • 3x Championne du Monde
  • 3x Vice-championne du Monde
  • 1x Médaille de bronze aux Mondiaux
  • 1x Bronze aux championnats d’Europe sur le relais
  • 3x Championne d’Europe

Médiatiques 

  • Chevalière de la Légion d’honneur
  • Officière de l’ordre national du Mérite 

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