Alicia Alonso - La Révolutionnaire de l'Opéra
1920 à 2019 - écrit par Sarah Chesneau
Si vous vous intéressez au ballet, vous en avez probablement déjà entendu parler. Elle incarne la sensualité même et a su imposer son style dans le monde rigide de la danse classique : laissez-moi vous présenter l’histoire d’Alicia Alonso !
Alicia Alonso naît en 1920 à la Havane à Cuba. Dès son plus jeune âge, elle semble être destinée à la danse, trottinant sur la pointe des pieds lorsqu’elle est chez elle, bougeant au rythme des musiques classiques que diffusait sa mère dans le salon. Son inscription à la société musicale de la Havane à l’âge de neuf ans est donc une évidence pour elle. C’est ainsi qu’elle commence le ballet et ses débuts sont remplis de succès. En effet, deux ans après son inscription, alors qu’Alicia n’a que onze ans,
elle interprète la valse de la Beautiful of the forest sur la scène de l’ancien auditorium de la Havane.
Direction les Etats-Unis
Elle poursuit son étude du ballet à Pro-Art Musical Society dans la capitale cubaine puis s’envole pour les Etats-Unis, ne pouvant résister à l’appel de « l’american dream ». C’est à New York qu’elle atterrit : elle a alors quinze ans. Poursuivant son rêve, elle est prise à l’American Ballet Caravan et travaille avec acharnement. La même année, elle rencontre Fernando Alonso, avec qui elle se marie. Aux Etats-Unis, Alicia connaît le succès : à partir de 1938, elle danse dans des comédies musicales à Broadway, dont Great Lady puis elle décroche une place de soliste au American Ballet, dont elle est membre fondateur, pour les deux années suivantes.
Devenue malvoyante
Cependant, un événement va bouleverser sa vie. En 1942, alors qu’elle performe sur scène, elle subit un décollement de la rétine qui la laisse presque aveugle. Elle se fait opérer, mais le mal est fait, la jeune femme est condamnée à ne distinguer plus que les ombres pour le reste de sa vie. Si son opération la force à rester alitée durant près d’un an et demi, cela ne l’empêche pas pour autant de danser, simplement, elle le fait avec ses doigts, à l’aide de sa mémoire. Comme elle aime si bien le dire :
« Moi, je danse dans ma tête. »
Son interprétation de Giselle
De retour sur scène en 1943, elle est prise au Metropolitan Opera House de New York, où elle interprète pour la première fois le personnage de Giselle, dans le ballet éponyme.
Giselle, nombreux sont ceux qui associent la célèbre danseuse à ce nom et pour cause ! Tout au long de sa vie, Alicia Alonso n’a cessé de réinventer ce personnage, créé pour elle selon certains. Durant un demi-siècle, Alicia joue Giselle en ne cessant jamais de l’enrichir et de la perfectionner. Elle avoue :
« Je n’ai jamais dansé deux fois la même Giselle. »
Comment danser en étant malvoyante ?
Pendant de nombreuses années, elle effectue des tournées mondiales dans des pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Son secret pour danser avec une vue plus que limitée ?
Avec l’aide de son mari, elle met en place un ingénieux système d’éclairage de différentes couleurs pour la guider sur scène. Alicia apprend également les positions de ses coéquipières et coéquipiers par cœur.
Une chorégraphe
Mais la renommée d’Alicia Alonso ne s’arrête pas à son rôle de danseuse, il s’étend à ses qualités de chorégraphe. Tout commence en 1948 quand elle décide de quitter les États-Unis pour retrouver son pays natal. Là-bas, elle y fonde sa propre compagnie et école de ballet, qui devient en 1959 le Ballet national de Cuba grâce à l’aide financière de Fidel Castro. Elle renonce donc pour un moment à sa popularité aux Etats-Unis pour se consacrer pleinement aux activités de sa compagnie, avec qui elle part en tournée à travers les pays d’Amérique du Sud. Alicia s’investit également dans la promotion du ballet à Cuba, notamment en participant au développement de la fondation de l’École nationale d’art.
Son style artistique
Son style unique, mélange de rythme, sensualité et grande technicité, fait la renommée de l’établissement qui s’inscrit bientôt en tant qu’un des meilleurs du monde. La danseuse réussit également un autre exploit : faire venir des hommes pour danser dans son ballet. En effet, durant les années 50 à Cuba, les danseurs étaient considérés comme des homosexuels et les premières tentatives d’Alicia se sont souvent soldées par des moqueries.
Ses propres ballets
Dès l’année 1951, elle crée ses propres ballets, interprète dans les plus grands opéras du monde, dont celui de Paris. Elle ne manque pas de chorégraphier a son goût certains grand classiques, à l’image de La belle au bois dormant ou encore Don Quichotte.
Alicia rentre définitivement dans la légende lorsqu’elle reçoit le prestigieux titre « Prima ballerina assolita », accordé aux meilleures ballerines. Elle est d’ailleurs la seule latino-américaine de l’Histoire à l’avoir obtenu. Elle arrête de danser à l’âge de 74 ans, mais continue de chorégraphier et d’enseigner jusqu’à sa mort en 2019, à l’âge de 98 ans.
Une ballerine malvoyante
Alicia est la première danseuse classique malvoyante à interpréter des grands rôles comme Giselle ou Carmen.
Une prima ballerina assolita
Elle est la seule Latino-américaine de l’histoire à avoir été « prima ballerina assoluta ».
Longévité
La Cubaine a interpréter des rôles principaux ou secondaires jusqu’à ses 75 ans.
Médiatiques
Au cours de sa vie, Alicia Alonso a reçu 122 distinctions nationales et 180 au niveau international. Permis elles :
- L’Ordre du Premier Degré Félix Varela et Lázaro Peña
- L’Ordre José Martí
- L’Ordre des Arts et des Lettres
- L’Ordre de la Légion d’Honneur
- La nomination en tant qu’ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO
- Le prix de création d’Estrémadure
- La Médaille d’or du Gran Teatro de La Havane
- La Médaille d’or du Círculo de Bellas Artes
- …
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