Félicia Ballanger

Félicia Ballanger - Tout donner sur la piste

1971 à aujourd'hui - écrit par simon ménard

Félicia Ballanger est une cycliste sur piste originaire de La Roche-sur-Yon. Simplement dire cela serait faire affront à sa légende. Ballanger fait partie du cercle fermé des triples championnes olympiques, aux côtés de Marie-José Pérec (athlétisme), Clarisse Agbégnénou (judo) et Julia Simon (biathlon). Il est temps de revenir sur son parcours aussi atypique qu’exemplaire d’une championne qui a d’abord dû dépasser les blocages mentaux pour établir ensuite une domination implacable sur son sport.

Une famille fan de cyclisme

Le cyclisme dans les veines et jusqu’au patronyme : sa mère l’a nommé Félicia ainsi en hommage au cycliste italien Felice Gimondi, vainqueur du Tour de France en 1965, 

à 23 ans, triple maillot rose du Tour d’Italie, vainqueur de la Vuelta 1968 et champion du monde sur route en 1973. Un palmarès qui force le respect… et qui prédestine presque la future championne, avant même qu’elle n’enfourche sa première selle. Pour l’anecdote, le frère de Félicia a été prénommé Frédéric en l’hommage à une autre légende du vélocipède : l’Espagnol Federico Bahamontes.

Un fort caractère

Sportive dans l’âme, la jeune Félicia Ballanger mène tranquillement un double projet handball-cyclisme avant de devoir faire un choix, et de se concentrer pleinement sur le vélo. Ses grandes qualités de sprinteuse en salle sont visibles dès le plus jeune âge : championne de France cadette de vitesse sur piste d’abord en 1986, puis du monde junior en 1988. Restée attachée à sa terre natale, elle revient chez elle au Vendée U en 1993, après s’être exilée au Véloce Club de Saint-Sébastien, qu’elle avait rejoint après avoir subi de la discrimination sexiste dans le club de sa ville. En effet, les garçons du VC Yonnais, qui perdaient régulièrement contre elle, ne voulaient plus la voir aux entraînements. À 15 ans, elle montre alors déjà une certaine force de caractère.

Un début compliqué avant le déclic

Son histoire au haut niveau commence par des médailles en chocolat : 4e aux Mondiaux 1990, même place l’année suivante, puis 4e pour sa première participation olympique à Barcelone en 1992. Des places plus qu’honorables, qui la prouvent qu’elle est bien entrée dans la cour des grands. Mais Félicia Ballanger ne s’en contente pas. Et malgré de lourdes blessures subies en 1993, elle repart de plus belle à la poursuite des titres tant convoités.

Le blocage qui l’a empêché de monter sur les podiums était peut-être mental. C’est en tout cas ce que lui fait comprendre l’universitaire Gilbert Avanzini, qui rencontre Félicia Ballanger alors qu’il prépare une thèse sur l’agressivité dans le sport. Elle raconte qu’Avanzini lui a fait prendre conscience de sa capacité à battre ses adversaires en lui faisant parler d’elles. “J’avais trop d’admiration, trop de respect, sans doute”, explique-t-elle. La Vendéenne regagne petit à petit de la confiance, et s’apprête alors à aller chercher tout ce qui lui est dû.

Les mondiaux de Palerme 1994 sont le théâtre de l’obtention de sa première médaille : Ballanger prend l’argent dans l’épreuve de vitesse, et rompt ainsi la pseudo-malédiction de la place d’honneur qui commençait à s’installer.

Son entraîneur

Son entraîneur, en partie responsable de la réussite de Félicia Ballanger par son expérience et ses conseils, n’est autre que Daniel Morelon. Si le nom de ce natif de Bourg-en-Bresse ne vous dit rien, voici un rapide rappel : chevalier de l’ordre national du mérite et de la légion d’honneur, il est octuple champion du monde sur piste, et triple champion olympique : en tandem en 1968, et en vitesse en 1968 et 1972. C’est peu dire que son élève va faire honneur à sa réputation. La capacité de travail hors-norme et la volonté de fer de Félicia permettent à Morelon de modeler sa championne pour lui faire accomplir son rêve : remporter toutes les courses dont elle prend le départ.

Invincible

1995 est l’année de son premier titre mondial. Et, car elle a décidé de passer à la vitesse supérieure, de son deuxième. Félicia Ballanger domine incontestablement pour la première fois le 500m, épreuve nouvellement créée, et la vitesse au niveau international. L’épreuve de vitesse, dite également sprint, voit s’affronter deux coureuses en opposition directe. Le départ est donné arrêté, avec les deux adversaires positionnées sur la même ligne. La piste étant inclinée, c’est un tirage au sort qui décide de laquelle des deux coureuses va commencer en bas de la piste. Le 500m, quant à lui, propose pareillement un départ arrêté, mais cette fois le but n’est pas d’atteindre la ligne d’arrivée avant son adversaire directe, mais de réaliser le meilleur chrono possible. À noter que depuis l’année dernière, cette épreuve a disparu au profit d’une nouvelle, le kilomètre féminin. Félicia Bellanger restera donc à jamais comme la recordwoman du nombre de victoires sur la distance (nous allons y revenir), à égalité avec la biélorusse Natallia Tsylinskaya.

Ces premiers titres en appellent inévitablement d’autres. C’est peu dire d’affirmer que Félicia Ballanger débute alors une domination du cyclisme sur piste. Les deux titres mondiaux du 500m et de la vitesse ne lui échappent plus entre 1996 et 1999. Cette période lui offre également sa première médaille d’or olympique, sur la vitesse, à Atlanta. Confrontée à l’Australienne Michelle Ferris en finale, elle affirme plus que jamais sa supériorité. Les larmes versées au pied du podium à Barcelone sont remplacées par des cris de joie. Et une envie de rééditer l’exploit.

Sa dernière compétition

Félicia Ballanger ne perd plus une seule manche jusqu’en 2000, toutes courses confondues, tellement elle domine le circuit mondial. Une manche qui lui offre sa première frayeur depuis bien longtemps. D’abord, Alors arrache l’or sur le 500m, pour l’entrée aux JO de la distance, en disposant son éternelle dauphine, Michele Ferris, pourtant à domicile. Il est alors temps pour Ballanger d’affronter en finale de la vitesse la russe Oksana Grichina, double médaillée de bronze mondial sur l’épreuve. Cette dernière commet un affront : elle remporte la deuxième manche de la finale, et force Ballanger à courir une dernière belle décisive. Mais la disciple Morelon n’avait besoin que de cette piqure pour se rappeler à elle-même, et la dernière manche lui revient de droit. 3e titre olympique, et une place de gagnée à jamais dans l’histoire de son sport, comme de l’olympisme tricolore.

Des records du monde

Félicia Ballanger, c’est certes des titres, mais en tant que figure incontournable de sa discipline, c’est aussi des records qui ont forgé sa légende. En plus de ses dix couronnes mondiales, elle reste invaincue entre 1995 et 2000, et améliore à sept reprises le record du monde du 500m, porté à 34.010 secondes en 1998. Cette épreuve est tellement la sienne qu’elle s’est octroyée tous les titres mondiaux sur la distance jusqu’à sa retraite. Elle ne sera par contre pas la dernière détentrice du record sur le 500m : l’honneur revient à la Mexicaine Jessica Salazar, réalisant 32.268 secondes à l’occasion des championnats panaméricains, 18 ans après Ballanger.

Sa carrière prend fin sur les sommets de l’Olympe, en 2000. Elle l’avait déjà décidé avant même de prendre part à la première course de la quinzaine.

L’après-carrière 

Si elle devient vice-présidente de la FFC en 2001, sa carrière post-professionnelle s’écrit aussi dans le monde politique. Résidente à Nouméa, elle se présente en tant que candidate suppléante aux élections législatives de 2007. Son attachement à la Nouvelle-Calédonie est total. Elle s’investit dans le sport local, et est nommée chargée de mission sport au Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, travaillant pour le gouvernement néo-calédonien jusqu’en 2022.

En tant que légende du cyclisme tricolore, membre des Gloires du sport français, son image est connue du public passionné en Hexagone. Elle est nommée consultante pour France Télévision lors des épreuves de cyclisme des Jeux olympiques d’Athènes 2004 et Pékin 2008, apportant à l’antenne son expertise acquise au long de ses dix années au plus haut niveau international. Qui de mieux que le plus beau palmarès du cyclisme sur piste français (13 titres, 14 podiums) pour commenter les épreuves ?

Au moment de tirer sa révérence, elle déclare :

“Au delà de mon palmarès, j’aimerais que l’on retienne mon travail, ma persévérance et ma discrétion”.

Ce qu’il faut s’assurer c’est que Félicia Ballanger ne sera jamais oubliée.

Membre d’un cercle très fermé

Félicia Ballanger fait parmis des quatre Françaises à gagner au minimum trois titres olympiques

Record du monde

La Française a battu à six reprises le record du monde du 500m. Depuis, il a été battu.

En cyclisme sur piste

    • 3x Championne olympique
    • 10x Championne du Monde
    • 1x Vice championne du Monde
    • 1x Championne du Monde junior
    • 15x Championne de France

    Sportives

    • Hall of Fame du cyclisme mondial
    • Gloires du sport français
    • 1x Prix Monique Berlioux

    Médiatiques

    • Officière de l’ordre national du Mérite
    • Chevalière de la Légion d’honneur
    • 1x Vélo d’or français 

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