Yusra Mardini - Partir pour renaitre
1998 à aujourd'hui - écrit par simon ménard
Certaines athlètes sont marquantes par les records qu’elles font tomber, et d’autres restent dans les esprits par leurs accomplissements et leur parcours inspirant. La nageuse syrienne Yusra Mardini fait plutôt partie de la seconde catégorie. Voici son histoire.
En 2015, la vie de Yusra Mardini a basculé lorsque, à seulement 16 ans, elle traversa la mer Égée à la nage pour fuir la Syrie, où la guerre faisait rage depuis 2011. Parmi les facteurs ayant fait prendre sa décision à Mardini, une bombe a pulvérisé la piscine dans laquelle elle s’entraînait.
Traverser la mer
Les conditions de la traversée vers l’Allemagne, où Yusra, sa sœur Sarah, et plusieurs de leurs compatriotes cherchent à trouver refuge, furent très difficiles, à l’image de nombreuses histoires de réfugiés. Étant les seules à savoir nager, les sœurs Mardini et deux autres réfugiés durent notamment plonger par-dessus le bord du bateau qui leur faisait rejoindre l’Allemagne depuis la Turquie, le moteur défectueux de l’embarcation menaçant de la faire chavirer, pour pousser le canot vers la rive. Après trois longues heures d’efforts, les vingt réfugiés purent accoster sur l’île grecque de Lesbos et ainsi survivre à cette épreuve. Preuve de son état d’esprit, l’adolescente racontera ensuite :
“Je pensais que ce serait une vraie honte si je me noyais dans la mer, parce que je suis une nageuse”.
Reprendre sa vie
Une fois arrivée en Allemagne, Yusra Mardini reprit ses entraînements de natation, car pour elle le sport était la seule chose qui la faisait se sentir chez elle dans ce nouveau pays. Soutenue par son coach Sven Spannekrebs, elle réussit à se qualifier pour les Jeux Olympiques de Rio 2016 et Tokyo 2020, au sein de l’équipe olympique des réfugiés, créée en 2016 pour permettre aux athlètes qui, en raison de leur statut, ne peuvent pas appartenir à une équipe nationale et donc ne peuvent pas concourir aux Jeux. À Rio, Yusra Mardini est donc une des dix athlètes retenus dans cette équipe, parmi des sud-Soudanais, des Congolais et un Éthiopien, sur 43 candidatures.
Elle y réussit même à remporter la manche d’ouverture du 100m papillon, et ce deux ans seulement après avoir fui la Syrie. Avant d’entrer en lice, elle avait déclaré :
“Je veux rendre tous les réfugiés fiers de moi. Cela montrerait que, même si nous avons un voyage difficile, nous pouvons accomplir quelque chose […] Je veux montrer à tout le monde que c’est difficile d’atteindre ses rêves, mais que ce n’est pas impossible […] Si je peux le faire, n’importe quel athlète peut le faire”.
Fin de carrière
Impactée par les blessures à répétition, Yusra Mardini décida, après une dernière compétition en juin 2022, de mettre fin à sa carrière pour s’adonner pleinement à son activité philanthropique, et à un nouveau rôle de symbole d’espoir.
Raconter son histoire
Yusra Mardini a ainsi lancé la Yusra Mardini Foundation, qui vise à améliorer l’accès des réfugiées au sport et à l’éducation :
« Le sport et l’éducation m’ont amené ici – je suis éternellement reconnaissant pour cela. »
Elle collabore ainsi notamment avec la Haute Commission des Nations Unies pour les Réfugiés, dont elle est l’ambassadrice depuis 2017. Elle réalise également des activités de mannequinat (Casablanca, Hugo Boss), et a écrit un livre sur sa vie, “Butterfy”, qui a permis de faire connaître au grand publique son histoire exceptionnelle et inspirante. Le livre a été adapté sur Netflix par Sally El Hosaini sous le titre “Les nageuses”, Yusra Mardini ayant été impliquée dans sa production. Dans tout son travail, Mardini ressent aujourd’hui à quel point représenter des millions de réfugiés autour du monde est pour elle une responsabilité qui lui incombe. Elle souhaite avant tout donner une image de quelqu’un ayant réussi à dépasser les épreuves que la vie lui a placées sur son chemin :
“Je suis représentée comme la réfugiée syrienne qui est venue, a traversé, est presque morte pendant son voyage et est ensuite allée aux Jeux olympiques ? C’est tout ? Je me dis : ‘Non’”.
Preuve du fort retentissement du récit de son parcours et de l’importance de son nouveau challenge, Forbes la classe parmi les 100 personnes les plus inspirantes en 2023, aux côtés de sa sœur Sarah.
Record national
Depuis 2012, Yusra Mardini possède le record syrien du 400 mètres nage libre avec un chrono de 4 minutes et 56 secondes.
Nager pendant la guerre
En 2015, la nageuse a vu un obus percer le toit de son lieu d’entraînement. Par chance, celui-ci a coulé sans exploser.
Une jeunesse ambassadrice
En 2017, elle est nommée ambassadrice de l’UNHCR à seulement 19 ans, faisant d’elle la plus jeune nommée de l’histoire de cette organisation onusienne.
Médiatiques
- Forbes la classe parmi les 100 personnes les plus inspirantes en 2023, aux côtés de sa sœur Sarah
- 1x Classée parmi les 30 adolescentes les plus influents par le Time Magazine
- 1x Bambie* dans la catégorie “Héros silencieux”
- 1x The Girld Award par l’UNICEF
- 1x Made of more Award par l’UNICEF
*Prix des médias allemands
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