Teresa Perales – L’Espagnole la plus titrée

Teresa Perales – L’Espagnole la plus titrée

Ecrit par Simon Ménard

Le 31 août 2024, à l’occasion des épreuves de para-natation des Jeux paralympiques de Paris 2024, une Espagnole de 48 ans est sur le point de marquer l’histoire. En remportant la 28e médaille de sa carrière, Teresa Perales devient l’athlète espagnole la plus médaillée de l’histoire des Jeux. Revenons sur la carrière d’une femme engagée aussi bien pour le handisport qu’en politique.

La natation, jamais !

La jeune Maria Teresa Perales Fernandez, née à Saragosse, n’est pas vraiment passionnée par la natation. Ses parents ont essayé de l’y inscrire, mais ni elle, ni ses professeurs, n’étaient particulièrement emballés. C’est plutôt le karaté, à la suite d’un visionnage de la saga cinématographique Karaté Kid, qui la fait vibrer, l’amenant jusqu’à l’obtention de la ceinture marron-noire.

Le tournant

Mais le destin lui joue un tour en 1994 : à 19 ans, Teresa Perales apprend qu’elle est victime d’une neuropathie. La maladie lui fait perdre la mobilité de ses jambes. La période qui s’en suit est très compliquée pour la jeune femme, qui a du mal à supporter le regard des autres marqué par la pitié. Elle apprend au journal Marca qu’elle n’était sortie qu’à une occasion, la finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe jouée et remportée par l’équipe de football de sa ville, le Real Saragosse. Mais Teresa refuse de se laisser dicter sa vie par la maladie, et cherche un moyen de reprendre possession de ses moyens, de remettre la main sur le contrôle de son destin. En vacances avec sa famille, elle décide de les accompagner à la piscine, habillée d’un gilet de sauvetage. Le déclic est retentissant. La natation, sport pour lequel elle ne semblait jusqu’alors pas ressentir d’attirance particulière, peut être ce vecteur de liberté qu’elle recherche. À peine de retour à Saragosse, Teresa Perales s’inscrit dans un club local, le CAI Deporte Adaptado, où son potentiel saute rapidement aux yeux de ses entraîneurs. Elle se rend petit à petit compte qu’elle progresse, notamment en voyant que le chronomètre qui servait à calculer sa vitesse dans le bassin s’arrêtait de plus en plus tôt au fur et à mesure des entraînements sur les mêmes distances.

Multi-casquette

En parallèle d’une carrière de sportive naissante, Perales poursuit ses études de médecine dans l’objectif de devenir physiothérapeute. Diplômée en 1999, elle donne des cours en tant que professeure à l’Université de Saragosse pendant deux ans. Son énergie et surtout sa détermination hors norme lui permettent de ne se refuser aucune expérience de carrière en tant que sportive, physiothérapeute, et plus tard femme politique. Ses ambitions sont toujours grandes, et témoignent d’un caractère qui la pousse toujours à aller plus loin et à réaliser ce qui paraîtrait impossible au premier abord. En témoignent les mois d’entraînement qu’elle s’est infligée afin d’être capable, le jour de son mariage, de marcher au bras de son frère pour rejoindre son mari à l’église, alors qu’elle n’était pas sensée pouvoir remarcher un jour.

Une immense carrière

En ce qui concerne la sportive, Teresa Perales n’aurait jamais pu imaginer au moment de son diagnostic, à 19 ans, qu’elle serait capable de marquer l’histoire des Jeux, la plus prestigieuse des compétitions internationales. Entre Sydney 2000 et Paris 2024, Teresa Perales remporte 28 médailles paralympiques. Dès 2012, elle devient l’athlète paralympique espagnole la plus médaillée de l’histoire, sous les yeux de son fils Mariano, né deux ans et demi auparavant. Elle termine ces jeux avec l’or sur le 100m nage libre, sa 22e médaille, et sa sixième opportunité de chanter l’hymne espagnol devant le monde entier. Elle montera à nouveau sur la plus haute marche du podium à l’occasion du 50m nage libre à Rio, avant de remporter l’argent sur le 50m dos à Tokyo, et finalement le bronze sur le 100m dos à Paris en 2024. Sa 28e médaille paralympique, cerise sur le gâteau d’une merveilleuse histoire d’amour avec les Jeux.

Son parcours ne passe pas inaperçu, notamment chez elle en Espagne où elle participe à mettre sur le devant de la scène le sport paralympique. Teresa Perales reçoit notamment le prestigieux Prix Princesse des Asturies, équivalent ibérique du titre de Chevalier des Arts et des Lettres, et les éloges du roi d’Espagne Felipe VI qui salue son courage et sa persévérance.

Une athlète engagée

Comme si le sport et son métier ne remplissaient pas déjà assez ses journées, Teresa Perales s’est lancée en politique en 2003 au sein du Parti aragonais, siégeant jusqu’en 2006 au parlement de la région d’Aragon. Candidate et tête de liste aux élections générales espagnoles de 2008, elle n’obtient pas de sièges, mais ne s’arrête pas pour autant. Elle devient notamment conseillère au développement et au sport pour Saragosse, sa ville.
L’histoire de Teresa Perales, c’est celle d’une femme qui n’a jamais voulu renoncer face à l’adversité. Elle explique son rapport au sport :

“Pour moi, le sport est un incomparable vecteur de valeurs. Dès mon plus jeune âge, j’ai pratiqué le karaté, l’équitation… un peu de tout, sans jamais faire de compétition. Cela m’a endurci et m’a permis de comprendre la différence fondamentale entre perdre et cesser de gagner. Perdre, c’est abandonner ou ne pas oser essayer, tandis que cesser de gagner, c’est simplement ne pas obtenir (momentanément) ce que l’on désire. Mais le sport m’a aussi appris à oser gagner et à me battre chaque jour pour m’améliorer. Ne jamais me contenter de peu et toujours viser l’excellence dans tout ce que j’entreprends. D’une certaine manière, le sport m’a appris à vivre pleinement ma vie.”

Et ce n’est pas son palmarès paralympique, si ses nombreuses carrières menées en parallèle de la natation, qui viendront la contredire.


Palmarès

28x médaillées olympiques (7 or, 10 argent, 11 bronze)
20x médaillée mondiale (3 or, 10 argent, 7 bronze)
37x médaillée européenne (10 or, 19 argent, 8 bronze)

Hilary Knight – L’imbattable guerrière du hockey états-unien

Hilary Knight – L’imbattable guerrière du hockey états-unien

Ecrit par Anaïs Mousset

Hockeyeuse internationale américaine sept fois championne du monde de 2007 à 2017, à chaque fois devant le Canada, et deux fois vice-championne olympique en 2010 et en 2014, battue par la même équipe, l’attaquante Hilary Knight a enfin touché l’or aux Jeux à PyeongChang 2018 à l’issue d’une finale irrespirable où les joueuses à la bannière étoilée sont venues à bout de leurs éternelles rivales à la feuille d’érable après 20 ans d’attente.

L’enfance sur la glace

Hilary Atwood Knight naît le 12 juillet 1989 à Palo Alto, en Californie. Elle découvre le hockey sur glace à seulement cinq ou six ans et tombe immédiatement sous le charme de ce sport. Très vite, les Jeux olympiques deviennent son rêve. À cette époque, le hockey féminin est déjà présent aux Jeux depuis 1998, mais Knight est encore une enfant lorsqu’elle commence à imaginer porter un jour le maillot américain sur la plus grande scène sportive mondiale.

Sa passion pour le hockey prend rapidement une place considérable dans sa vie. Elle raconte qu’elle allait parfois se coucher avec son équipement sur elle et qu’elle dormait avec des palets sous son oreiller, persuadée qu’ils lui porteraient chance. Pour elle, le hockey représente tout ce qu’elle recherche : la vitesse, le mouvement et cette sensation particulière de patiner sur la glace. Très vite, son rêve olympique devient une véritable ambition.

Le premier échec

Très jeune, Hilary Knight comprend qu’elle possède les qualités nécessaires pour atteindre le plus haut niveau. Mais son parcours vers l’équipe olympique ne se fait pas sans obstacles.

En 2006, alors qu’elle tente de se faire une place dans la sélection américaine pour les Jeux de Turin, elle échoue. Elle décide de transformer cet échec en motivation et travaille encore plus dur pour atteindre son objectif. Quelques mois plus tard, elle rejoint l’Université du Wisconsin et s’impose rapidement comme l’une des grandes joueuses du championnat universitaire américain.
Avec les Badgers, elle remporte deux titres NCAA, en 2009 et 2011, et termine sa carrière universitaire comme meilleure buteuse et meilleure marqueuse de l’histoire du programme.

Une ascension internationale fulgurante

En 2007, Hilary Knight connaît ses premiers Championnats du monde avec les États-Unis. À seulement 17 ans, elle découvre déjà le très haut niveau international.

Dès 2008, elle remporte son premier titre mondial. En finale, les États-Unis prennent leur revanche sur le Canada et s’imposent 4-3. Un an plus tard, à Hämeenlinna, les Américaines conservent leur titre. Knight inscrit notamment le dernier but de son équipe en finale, remportée 4-1 face aux Canadiennes. À seulement 19 ans, elle possède déjà deux titres mondiaux.

Vancouver 2010 : les débuts olympiques

En 2010, Hilary Knight réalise enfin son rêve. À Vancouver, elle participe à ses premiers Jeux olympiques avec les États-Unis et devient la plus jeune joueuse de l’équipe américaine.

Le 25 février, les deux grandes rivales se retrouvent en finale dans un Canada Hockey Place entièrement acquis à la cause canadienne. Marie-Philip Poulin inscrit deux buts en première période tandis que Shannon Szabados réalise une prestation exceptionnelle dans les cages.
Knight repart avec une médaille d’argent, mais surtout avec la certitude que l’or olympique est désormais son objectif ultime.

La patronne des Mondiaux

Après Vancouver, Hilary Knight continue de s’imposer comme l’une des meilleures attaquantes du monde. En 2011, les États-Unis remportent le Championnat du monde à Zurich. En finale contre le Canada, Knight inscrit le but de la victoire en prolongation et offre le titre à son équipe, 3-2. Deux ans plus tard, à Ottawa, les Américaines remportent une nouvelle médaille d’or après une victoire 3-2 contre les Canadiennes.

Knight s’impose également sur la scène professionnelle. En 2012, elle rejoint les Boston Blades en Ligue canadienne de hockey féminin. Dès sa première saison, elle devient la première Américaine à être élue MVP de la ligue et aide les Blades à remporter la Clarkson Cup en 2013. Elle reste à Boston jusqu’en 2017, avant de rejoindre les Boston Pride lors de la création de la Ligue nationale de hockey féminin, une nouvelle ligue qui rémunère professionnellement les joueuses. Avec le Pride, elle remporte la Coupe Isobel en 2016.

Elle retourne ensuite en Ligue canadienne de hockey féminin avec les Canadiennes de Montréal en 2018. Mais en 2019, la LCHF annonce la fin de ses activités, mettant un terme à la ligue après douze années d’existence. Knight rejoint alors la PWHPA, une association de joueuses qui travaille à la création d’une nouvelle ligue professionnelle féminine.

Trois nouveaux titres mondiaux

Entre les Jeux de Sotchi et ceux de PyeongChang, Hilary Knight continue d’accumuler les succès avec les États-Unis. En 2015, à Malmö, elle remporte son cinquième titre mondial. Meilleure marqueuse de la compétition, elle est également désignée meilleure joueuse du tournoi.

Un an plus tard, à Kamloops, le scénario se répète. Les Américaines battent une nouvelle fois le Canada en finale et remportent leur sixième titre mondial. Knight termine encore meilleure marqueuse et meilleure joueuse de la compétition. En 2017, à Plymouth, les États-Unis décrochent un troisième titre consécutif face aux Canadiennes, permettant à Knight de remporter son septième titre mondial.

En parallèle de ses performances sportives, Knight devient également une figure importante de la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le hockey. Elle s’engage notamment pour une meilleure reconnaissance et un meilleur traitement financier des joueuses.

PyeongChang 2018 : enfin l’or olympique

Pour ses troisièmes Jeux olympiques, Hilary Knight arrive à PyeongChang avec le même objectif depuis plusieurs années : remporter enfin l’or. Les États-Unis terminent deuxièmes du groupe A derrière le Canada, qui les bat 2-1. En demi-finale, les Américaines dominent la Finlande 5-0 et décrochent leur place pour une nouvelle finale olympique. Knight inscrit notamment un but lors de cette rencontre.

Le 22 février, les États-Unis retrouvent donc le Canada pour une cinquième finale olympique entre les deux nations. Knight ouvre le score à 25 secondes de la fin de la première période en déviant un tir de Sydney Morin en supériorité numérique. Les deux équipes ne parviennent pas à se départager en prolongation. Pour la première fois, une finale olympique féminine de hockey doit donc être décidée aux tirs au but. Knight manque sa tentative, mais la gardienne américaine Maddie Rooney arrête deux tirs canadiens consécutifs. Lamoureux inscrit finalement le tir décisif et offre la victoire aux États-Unis, 3-2. Après deux médailles d’argent à Vancouver et à Sotchi, Hilary Knight devient enfin championne olympique. Les Américaines mettent également fin à vingt ans d’attente depuis leur dernier titre olympique à Nagano en 1998.

Pour Knight, cette médaille d’or représente l’aboutissement de tout le travail réalisé depuis son enfance. Quelques jours après son sacre, elle rejoint le Québec pour terminer la saison 2017-2018 avec les Canadiennes de Montréal, retrouvant plusieurs joueuses qu’elle venait tout juste d’affronter en finale olympique.

Milan-Cortina 2026 : un dernier défi olympique

Huit ans après son premier titre olympique, Hilary Knight retrouve les Jeux à Milan-Cortina pour une cinquième participation, un record pour une joueuse américaine. À 36 ans, elle est cette fois capitaine de la sélection américaine et aborde cette édition avec une place particulière dans l’histoire de son équipe. Elle avait annoncé avant les Jeux que Milan serait son dernier rendez-vous olympique.

Les États-Unis commencent parfaitement leur tournoi et enchaînent les victoires. Knight reste un élément important de l’équipe tout au long de la compétition et participe à la qualification pour une nouvelle finale olympique. Comme à PyeongChang en 2018 et à Pékin en 2022, les Américaines retrouvent le Canada pour tenter de décrocher l’or.

La finale est particulièrement serrée. Le Canada ouvre le score et conserve son avantage jusque dans les dernières minutes. Alors que les États-Unis jouent avec une attaquante supplémentaire, Knight se retrouve devant la cage canadienne. Elle dévie un tir de Laila Edwards et égalise à quelques secondes de la fin du temps réglementaire.

Son but permet aux Américaines d’arracher la prolongation et porte son total à 15 buts olympiques, un record américain.

Cette victoire vient couronner un parcours olympique exceptionnel. Avec cinq participations aux Jeux, Hilary Knight termine son parcours avec cinq médailles : deux en or et trois en argent. Au-delà de son palmarès, cette dernière aventure olympique illustre également l’évolution du hockey féminin qu’elle a accompagnée pendant toute sa carrière. Elle qui a connu une époque où les jeunes filles avaient moins de possibilités de pratiquer ce sport souhaite aujourd’hui utiliser sa visibilité pour ouvrir davantage de portes aux générations suivantes.

La suite de sa carrière

Après la fin de la CWHL en 2019, Hilary Knight participe avec plusieurs joueuses américaines et canadiennes au mouvement #ForTheGame. Avec Marie-Philip Poulin, sa grande rivale avec le Canada, elle fait partie des joueuses qui souhaitent voir naître une véritable ligue professionnelle nord-américaine pour le hockey féminin.

En mai 2019, les joueuses créent la Professional Women’s Hockey Players Association, la PWHPA. Pendant plusieurs années, Knight participe à cette association et au Dream Gap Tour, qui permet aux joueuses de continuer à jouer tout en défendant la création d’une nouvelle ligue professionnelle. Poulin fait elle aussi partie de cette mobilisation. Après avoir longtemps été adversaires avec leurs sélections nationales, les deux joueuses travaillent donc ensemble pour faire évoluer leur sport.

Cette mobilisation participe à la construction du projet qui aboutit à la création de la Professional Women’s Hockey League en 2023. Hilary Knight devient alors l’une des trois premières joueuses à signer avec l’équipe de Boston. Elle en devient la capitaine et mène le Boston Fleet jusqu’à la première finale de la Walter Cup en 2024. Elle reste capitaine de Boston lors des deux premières saisons de la PWHL.

En 2025, Hilary Knight rejoint ensuite le Seattle Torrent et devient la première capitaine de l’histoire de la franchise. Elle dispute la saison 2025-2026 avec Seattle avant de rejoindre la PWHL Detroit à l’été 2026. Transférée de Las Vegas à Detroit en juin, elle prolonge quelques jours plus tard son contrat jusqu’à la saison 2028-2029. À 37 ans, elle poursuit donc sa carrière professionnelle avec une nouvelle équipe et participe à la construction de la franchise de Detroit.


Palmarès

2x Championne olympique
4x Vice championne olympique
10x Championne du Monde
5x Vice championne du monde

1x Isobel Cup
3x Clarkson Cup
1x Walter cup
2x Championne NCAA

Amandine Henry

Amandine Henry

Amandine Henry

Amandine Henry - L'âme et le cœur du football français

1989 à aujourd'hui - Ecrit par Mariana et Marie Fournier

Un palmarès ne permettra jamais d’apprécier réellement la force et la résilience d’une athlète. Mais avec Amandine Henry, il est impossible de ne pas l’évoquer. Sept Ligues des champions, quatorze titres de championne de France, un Ballon d’argent à la Coupe du monde 2015 et 109 sélections sous le maillot bleu. La Nordiste a gravé son nom au panthéon du football et professionnel mondial. Symbole d’une longévité exceptionnelle au milieu de terrain, elle a dédié sa vie à son sport, surmontant une terrible épreuve physique à l’aube de sa carrière pour s’imposer comme l’une des plus grandes compétitrices de l’histoire du football. Par sa technique redoutable, sa vision du jeu et sa force de caractère, elle est devenue bien plus qu’une championne : une véritable légende.

Ses premiers pas dans le football

Petite, Amandine Henry ne peut s’empêcher de se promener avec son ballon de football. Si attachée à cet objet, ses parents l’inscrivent au club de Lomme, près de Lille, à seulement cinq ans. Elle fait ses marques à l’école de foot, mais elle est rapidement confrontée à ses premiers obstacles, notamment les remarques sexistes. A 10 ans, Amandine se voit refuser sa place dans un club lillois en raison de son genre ; cette pratique était très courante dans les années 90. Malgré tout, la joueuse trouve sa place dans une équipe mixte. Là-bas, elle se fait remarquer par ses qualités offensives et de récupération. 

A 15 ans, son premier rêve se réalise. Amandine, qui regardait régulièrement l’émission « A la Clairefontaine » se trouve à intégrer ce centre de formation. Pour la première fois de sa vie, la Française joue uniquement avec des filles. Là-bas, elle se donne à fond pour progresser. Cela paie puisqu’elle joue dans les équipes de France jeunes. Pourtant, elle ne se voit pas devenir professionnelle car cela n’existait pas en France. En effet, à cette époque, les joueuses pouvaient espérer signer un contrat fédéral, mais c’était loin d’être suffisant pour en faire un métier. 

Du rêve au cauchemar

Dans les années 2000 tout change : les premiers clubs professionnels féminins font leur apparition, Guingamp et Lyon pour ne citer qu’eux. Au vu de son talent indéniable, l’OL la contacte alors qu’elle a 17 ans. Pouvoir vivre de sa passion, Amandine ne peut refuser, malgré un changement de vie brutal :

« Lorsque j’ai signé à l’Olympique Lyonnais à 17 ans, je me suis retrouvée à l’autre bout de la France, seule dans un appartement, face à mes responsabilités ». 

Le début de rêve se transforme en cauchemar ! Amandine se blesse gravement au genou en 2008. Elle doit alors subir une greffe de cartilage, une opération qu’aucun sportif de haut niveau n’avait subie avant elle.  De cette épreuve, elle se relève, bien soutenue par son entourage.

Une ascension fulgurante

A peine un an et demi après, la milieu est de retour sur les terrains. Cette saison-là, Lyon gagne le championnat de France, la Coupe de France et la Ligue des Championnes ! C’est alors le début de son ascension. Entre 2011 et 2016, elle joue dans la meilleure équipe européenne en étant une titulaire indiscutable. Elle rafle alors les trophées collectifs et individuels.

En 2016, Amandine fait le choix de jouer dans la ligue de football féminin des Etats-Unis, en rejoignant les Thorns de Portland :

« J’ai toujours voulu tenter une expérience à l’étranger, apprendre une nouvelle langue, découvrir une autre culture, une autre façon de travailler. J’aurais pu rester à l’OL, mais pourquoi ? J’ai tout connu et tout gagné. Je n’avais plus cette boule au ventre sur tous les matchs, qui fait qu’on se surpasse. C’était le moment de partir. J’ai été surprise de l’intérêt de Portland. Je ne pensais pas être connue dans ce monde-là. »

Pour la première fois de sa vie, elle joue des matchs de championnat dans des stades à guichets fermés. Cet engouement la motive. Elle devient rapidement titulaire en tant que milieu défensive. Le public l’adore ! Ils viennent la saluer à l’aéroport avec des écharpes à son nom.

C’était une période magique. Avec cette équipe, Amandine Henry remporte la National Women’s Soccer League en 2017. Pour la saison 2017-2018, la joueuse revient à Lyon, où elle brille de nouveau :

  • Top 10 du ballon d’or en 2018 (le premier de l’histoire)
  • Domination du championnat français
  • Un magnifique but en finale de la Ligue des championnes face au FC Barcelone en 2022…

Direction le Mexique

Entre 2023 et 2024, elle fait des allers-retours entre la ligue états-unienne et la ligue française avant de se poser au Deportivo Toluca au Mexique. D’ailleurs, elle y joue toujours et une certaine Eugénie Le Sommer l’y a rejointe pour la fin de sa carrière.

En équipe nationale

Après une bonne saison à Lyon, Amandine Henry est appelée en sélection le 22 avril 2009 pour des matchs amicaux, avant d’enchaîner avec le championnat d’Europe. Pour sa première grande compétition internationale, elle aide l’équipe à atteindre les quarts de finale, rencontre qu’elles perdent aux tirs au but.

De retour avec la sélection nationale en 2013, Amandine Henry reprend rapidement sa place de titulaire au milieu de terrain. Elle forme une charnière redoutable avec Camille Abily et Élise Bussaglia ; pourtant, elle ne remporte aucune médaille en compétition internationale. En 2017, elle prend pour la première fois le brassard de capitaine pour une unique rencontre. Mais quand Corinne Diacre arrive à la tête de l’équipe de France, elle lui confie directement le rôle de capitaine.

En 2020, à la suite d’une légère blessure, la sélectionneuse ne la retient pas, pourtant cette gêne ne l’empêchait pas de jouer à Lyon. Choquée et surprise de cette décision, Amandine Henry prend la parole pour dénoncer le comportement de la coach :

« Humainement, je voyais des filles pleurer dans leur chambre, moi personnellement, il m’est arrivé de pleurer dans ma chambre, car j’avais envie de vivre cette Coupe du monde, mais ça a été un chaos total. »

Évidemment, elle ne sera plus jamais reprise sous le règne de Corinne Diacre, sauf lors d’un rassemblement juste après sa déclaration.

Écartée, elle doit attendre que d’autres joueuses, notamment la capitaine Wendie Renard, lèvent la voix sur le harcèlement dont elles étaient victimes. À la suite de ces différentes déclarations, Corinne Diacre est remplacée par Hervé Renard. Le coach la sélectionne, comme d’autres joueuses écartées par sa prédécesseure (ex : Eugénie Le Sommer). Amandine joue avec l’équipe de France, étant parfois titulaire, parfois remplaçante. Elle annonce sa retraite internationale peu après les Jeux de Paris 2024.

Aujourd’hui, en préretraite, Amandine Henry a prouvé qu’il est toujours possible de se révéler et de revenir encore plus forte, devenant une source d’inspiration pour de nombreuses joueuses. Et comme un cadeau, la ville de Templemars, située dans sa région natale, donne son nom à son nouveau stade de football.

  • Le Ballon d’Argent mondial: Elle est élue deuxième meilleure joueuse de la Coupe du monde 2015 au Canada, marquant le tournant de sa notoriété internationale.
  • La reine d’Europe Amandine Henry fait partie du club très fermé des joueuses ayant remporté 7 fois la prestigieuse Ligue des Champions féminine avec l’Olympique Lyonnais.
  • La Reine de Turin (2022): En finale de la Ligue des Champions face au grand FC Barcelone, elle décoche un but d’anthologie à 30 mètres de distance pour offrir le trophée à l’Olympique Lyonnais.

En club :

1x Women’s International Champions Cup
7x Ligue des Championnes
1x Trophée des championnes
14x Championnats de France
8x Coupe de France
1x Championnat des Etats-Unis
1x Trophée Veolia Féminin

En sélection :

1x Tournoi de France
1x SheBelieves Cup

Chevalière de l’ordre national du Mérite

Médaille Fédération française de football des légendaires

2x Equipe type de la FIFPro World 11

1x Ballon d’argent adidas Coupe du monde féminine de la FIFA

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Claire Supiot

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1968 à aujourd'hui - Écrit par Mariana

Première athlète de l’histoire du sport français à avoir participé aux Jeux Olympiques puis aux Jeux Paralympiques, Claire Supiot est une force de la nature. Atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, cette nageuse hors norme devenue coureuse sur terre a fait de sa vie un défi permanent, prouvant que tout est possible lorsque l’on décide de bousculer son destin.

Une vie jetée à l’eau par destin

Rien ne prédestinait Claire Supiot à une carrière de sirène, si ce n’est un événement 

tragique survenu dans sa commune d’Écuillé-sur-Loir en 1967, où toute une colonie de vacances s’est noyée. Face à ce drame, ses parents la poussent à apprendre à nager. Très vite, Claire se révèle être dans son élément et intègre le sport-études de Dinard à seulement 13 ans et demi.

Sous la houlette de son entraîneur Jacques Mélier, elle compense son manque de prédispositions naturelles par un mental d’acier. Elle s’impose rapidement chez les valides en décrochant neuf titres de championne de France et se qualifie pour les Jeux Olympiques de Séoul en 1988. Après cette première vie sportive, elle s’arrête pendant près de 30 ans pour élever seule ses trois enfants.

Le « colocataire » et le retour historique

En 2015, à plus de 50 ans, Claire décide de replonger. Entre-temps, sa maladie génétique, la maladie de Charcot-Marie-Tooth (forme spinale), s’est déclarée. Loin de s’apitoyer, elle qualifie son handicap de « colocataire », une manière de rappeler que la maladie ne définit pas la personne.

Pour performer à nouveau, elle s’entoure d’une équipe de passionnés (préparateurs physique et mental, kinés, nutritionniste, et sa fille en community manager). Sa routine est digne des plus grands : réveil à 5h20, deux entraînements par jour, et des kilomètres avalés dans le bassin entre ses heures de travail. Son acharnement paye : elle se qualifie pour les Jeux Paralympiques de Tokyo.

Le saviez-vous ? À trois mois des Jeux de Tokyo, Claire a subi un changement de classification injuste la forçant à se requalifier en urgence. Elle l’a fait avec brio, devenant la seule athlète à se qualifier deux fois la même année pour la même olympiade, avant d’atteindre la finale paralympique du 100m papillon.

Tokyo : La consécration de l’émotion

De sa riche carrière, Claire garde des souvenirs impérissables, comme la Marseillaise de son titre de championne d’Europe. Mais son entrée dans le bassin de Tokyo, en pleine période de Covid, reste gravée à jamais.

« Peu importe ce qui va se passer dans le bassin, tu es la première athlète française à avoir fait les JO et les JP », s’est-elle répété en foulant le plot de départ. Un accomplissement qui fait écho à son passage sous le grand tunnel du stade de Séoul, 30 ans plus tôt, où elle avait enfin compris pourquoi elle s’était tant entraînée.

Nouveau défi sur la terre ferme : le Frame Running

Après avoir commenté les Jeux de Paris 2024 au micro de RMC, Claire ressent le besoin de tourner la page de la natation. Mais l’inactivité n’est pas faite pour elle. En août 2024, elle découvre le frame running, une discipline d’athlétisme pratiquée sur une grande draisienne à trois roues.

Désormais licenciée au SCO d’Angers, Claire s’entraîne d’arrache-pied sur la piste avec des chaussures à pointes, heureuse de pouvoir enfin courir debout et au grand air. Tout en menant de front son travail de référente handicap pour le département du Maine-et-Loire, elle garde les yeux grands ouverts sur son prochain rêve : se qualifier pour les Jeux de Los Angeles en 2028.

La philosophie du sport : Solidarité et inspiration au féminin

Pour Claire Supiot, la valeur du sport ne se mesure pas au nombre de médailles sur la boîte. Lorsqu’on lui demande quelle sportive l’inspire, elle refuse de citer un grand nom de championne. Pour elle, les véritables modèles sont toutes les femmes qui sortent de leur zone de confort : qu’il s’agisse d’une coureuse anonyme croisée en campagne ou de sa voisine de 60 ans qui s’astreint à l’aquagym et qui a relancé sa propre routine.

Elle défend un sport inclusif où valides et handis se côtoient, trouvant la beauté du geste dans la solidarité de l’effort collectif. C’est ce message universel qu’elle souhaite transmettre à la jeunesse : « Tout est possible à n’importe quel âge dès lors qu’on s’en donne les moyens et qu’on est bien accompagné ».

Le chiffre : 30
C’est le nombre d’années d’écart qui séparent les deux carrières sportives internationales de Claire Supiot (Séoul 1988 et Tokyo 2020).

Pour aller plus loin : En 2024, Claire a publié son autobiographie intitulée Sirène olympique (illustrée par son cousin Olivier Supiot) et a fait l’objet d’un documentaire sur France Télévisions, L’eau, la terre, Claire.

Interview de Claire Supiot

Alana Maldonado

Alana Maldonado

Alana Moldonado

Alana Moldonado - Une pionnière du judo brésilien

1985 à aujourd'hui - Ecrit par Mariana

Un palmarès ne permettra jamais d’apprécier réellement la force et la résilience d’une athlète. Mais avec Alana Maldonado, il est impossible de ne pas l’évoquer. Double championne paralympique (Tokyo 2020 et Paris 2024) et médaillée d’argent à Rio 2016, la Brésilienne a gravé son nom au panthéon du judo handisport mondial. Symbole d’une longévité exceptionnelle dans la catégorie des moins de 70 kg, elle a dédié sa vie à son art, surmontant les épreuves physiques et un diagnostic médical difficile pour s’imposer comme l’une des plus grandes compétitrices de l’histoire de son sport. Par sa technique redoutable et sa force de caractère, elle est devenue bien plus qu’une championne : une véritable légende.

Ses débuts au Judo

Alana Maldonado grandit à Tupã, dans l’État de São Paulo. Là-bas, elle découvre le judo à l’âge de seulement 4 ans. Au fil des saisons, la jeune Brésilienne aiguise son sens du combat, sa précision et sa puissance en s’entraînant d’abord dans des compétitions conventionnelles aux côtés d’athlètes valides.

À 14 ans, son destin bascule lorsqu’on lui diagnostique la maladie de Stargardt, une affection génétique qui entraîne une perte progressive de la vue. Loin de renoncer à ses ambitions, Alana Maldonado fait un choix crucial en 2014 lorsqu’elle commence ses études universitaires en Éducation Physique à Marília. C’est là-bas qu’elle s’oriente officiellement vers le judo handisport, rejoignant l’équipe de (Associação Mariliense de Esportes Inclusivos). Sa précision et sa puissance en font rapidement l’une des meilleures spécialistes du pays.

Son début à l’international

Dès son entrée sur le circuit en 2015, elle est sélectionnée avec l’équipe nationale et obtient la médaille d’argent aux Jeux parapanaméricains de Toronto. Un an plus tard, en 2016, Alana participe à ses premiers Jeux paralympiques à Rio de Janeiro. Devant son public, elle réalise un parcours sans faute jusqu’en finale, où elle se retrouve opposée à la redoutable Mexicaine Lenia Ruvalcaba. Dans une chaude ambiance, Alana Moldonado s’incline par ippon et s’empare d’une magnifique médaille d’argent. Cette défaite à domicile devient sa plus grande source de motivation.

Son titre paralympique

Son ascension fulgurante se voit récompensée de la plus belle des manières en 2018 lors des Championnats du monde à Odivelas, dans la région de Lisbonne. En battant l’Ouzbèke Vasila Aliboeva en finale, Alana Maldonado s’offre la médaille d’or et entre dans l’histoire en devenant la toute première athlète brésilienne sacrée championne du monde de judo handisport. Elle déclare avec émotion :

« C’est un sentiment unique. J’ai travaillé très dur pour cela après Rio 2016. Ce titre n’est pas seulement le mien, il appartient à toute une équipe ».

Sa montée en puissance

Après cette victoire historique, Alana Maldonado ne cesse de rajouter des médailles internationales à son palmarès. À peine de retour pour les Jeux de Tokyo 2020 (disputés en 2021), elle s’avance sur le tatami du mythique Nippon Budokan avec une obsession : l’or. En finale, elle maîtrise parfaitement la Géorgienne Ina Kaldani pour s’adjuger son premier titre paralympique.

« Je n’ai pas de mots pour décrire ce que je ressens. Depuis Rio, ce titre était mon objectif quotidien. Cette médaille d’or représente cinq années de sacrifices » confie-t-elle à sa sortie du tatami.

En 2022, elle confirme sa suprématie mondiale lors des Championnats du monde au Kazakhstan en s’imposant en finale face à l’athlète locale Ayala Mareke.

Son parcours vers les Jeux suivants est pourtant freiné par de graves blessures aux genoux et des épisodes de dépression. Déterminée à revenir vite, elle travaille sans relâche avec un objectif en tête : les Jeux de Paris 2024. À l’Aréna Champ-de-Mars, Alana signe un retour magistral en terrassant la Chinoise Wang Yue en finale de la catégorie J2 -70kg, s’adjugeant une nouvelle médaille d’or.

Fière de son parcours sur et en dehors des tatamis, elle partage sa vie et ses combats aux côtés de sa fiancée (rencontrée elle aussi grâce au judo), trouvant dans son équilibre personnel la force nécessaire pour se maintenir au sommet mondial.

« Le tatami m’a tout donné : mes plus grands titres et la femme qui m’accompagne dans ma vie » aime-t-elle rappelé.

Pionnière historique
Elle est la toute première judokate brésilienne de l’histoire à être sacrée championne du monde de judo handisport (Lisbonne, 2018).

La reine de Tokyo
En battant Ina Kaldani au Budokan, elle a offert au Brésil sa toute première médaille d’or féminine de l’histoire dans cette discipline aux Jeux.

Tricampeonato historique
Alana Maldonado est devenue la première athlète brésilienne à s’offrir trois titres mondiaux distincts en para-judo après son triomphe au Kazakhstan.

En judo

  • 2x Championne paralympique
  • 1x Vice-championne paralympique
  • 3x Championne du monde
  • 2x Coupe du Monde
  • 1x Deuxième de la Coupe du Monde
  • 1x Médaille de bronze aux Jeux Mondiaux
  • 2x Vice-championne des Jeux Parapanaméricains
  • 4x Championne du Brésil

Sportives

  • 2x Prix de la meilleure athlète féminine de l’année par le CIO
  • 4x Prix de la meilleure judokate de l’année par le CIO

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