Ecrit par Simon Ménard

Le 31 août 2024, à l’occasion des épreuves de para-natation des Jeux paralympiques de Paris 2024, une Espagnole de 48 ans est sur le point de marquer l’histoire. En remportant la 28e médaille de sa carrière, Teresa Perales devient l’athlète espagnole la plus médaillée de l’histoire des Jeux. Revenons sur la carrière d’une femme engagée aussi bien pour le handisport qu’en politique.

La natation, jamais !

La jeune Maria Teresa Perales Fernandez, née à Saragosse, n’est pas vraiment passionnée par la natation. Ses parents ont essayé de l’y inscrire, mais ni elle, ni ses professeurs, n’étaient particulièrement emballés. C’est plutôt le karaté, à la suite d’un visionnage de la saga cinématographique Karaté Kid, qui la fait vibrer, l’amenant jusqu’à l’obtention de la ceinture marron-noire.

Le tournant

Mais le destin lui joue un tour en 1994 : à 19 ans, Teresa Perales apprend qu’elle est victime d’une neuropathie. La maladie lui fait perdre la mobilité de ses jambes. La période qui s’en suit est très compliquée pour la jeune femme, qui a du mal à supporter le regard des autres marqué par la pitié. Elle apprend au journal Marca qu’elle n’était sortie qu’à une occasion, la finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe jouée et remportée par l’équipe de football de sa ville, le Real Saragosse. Mais Teresa refuse de se laisser dicter sa vie par la maladie, et cherche un moyen de reprendre possession de ses moyens, de remettre la main sur le contrôle de son destin. En vacances avec sa famille, elle décide de les accompagner à la piscine, habillée d’un gilet de sauvetage. Le déclic est retentissant. La natation, sport pour lequel elle ne semblait jusqu’alors pas ressentir d’attirance particulière, peut être ce vecteur de liberté qu’elle recherche. À peine de retour à Saragosse, Teresa Perales s’inscrit dans un club local, le CAI Deporte Adaptado, où son potentiel saute rapidement aux yeux de ses entraîneurs. Elle se rend petit à petit compte qu’elle progresse, notamment en voyant que le chronomètre qui servait à calculer sa vitesse dans le bassin s’arrêtait de plus en plus tôt au fur et à mesure des entraînements sur les mêmes distances.

Multi-casquette

En parallèle d’une carrière de sportive naissante, Perales poursuit ses études de médecine dans l’objectif de devenir physiothérapeute. Diplômée en 1999, elle donne des cours en tant que professeure à l’Université de Saragosse pendant deux ans. Son énergie et surtout sa détermination hors norme lui permettent de ne se refuser aucune expérience de carrière en tant que sportive, physiothérapeute, et plus tard femme politique. Ses ambitions sont toujours grandes, et témoignent d’un caractère qui la pousse toujours à aller plus loin et à réaliser ce qui paraîtrait impossible au premier abord. En témoignent les mois d’entraînement qu’elle s’est infligée afin d’être capable, le jour de son mariage, de marcher au bras de son frère pour rejoindre son mari à l’église, alors qu’elle n’était pas sensée pouvoir remarcher un jour.

Une immense carrière

En ce qui concerne la sportive, Teresa Perales n’aurait jamais pu imaginer au moment de son diagnostic, à 19 ans, qu’elle serait capable de marquer l’histoire des Jeux, la plus prestigieuse des compétitions internationales. Entre Sydney 2000 et Paris 2024, Teresa Perales remporte 28 médailles paralympiques. Dès 2012, elle devient l’athlète paralympique espagnole la plus médaillée de l’histoire, sous les yeux de son fils Mariano, né deux ans et demi auparavant. Elle termine ces jeux avec l’or sur le 100m nage libre, sa 22e médaille, et sa sixième opportunité de chanter l’hymne espagnol devant le monde entier. Elle montera à nouveau sur la plus haute marche du podium à l’occasion du 50m nage libre à Rio, avant de remporter l’argent sur le 50m dos à Tokyo, et finalement le bronze sur le 100m dos à Paris en 2024. Sa 28e médaille paralympique, cerise sur le gâteau d’une merveilleuse histoire d’amour avec les Jeux.

Son parcours ne passe pas inaperçu, notamment chez elle en Espagne où elle participe à mettre sur le devant de la scène le sport paralympique. Teresa Perales reçoit notamment le prestigieux Prix Princesse des Asturies, équivalent ibérique du titre de Chevalier des Arts et des Lettres, et les éloges du roi d’Espagne Felipe VI qui salue son courage et sa persévérance.

Une athlète engagée

Comme si le sport et son métier ne remplissaient pas déjà assez ses journées, Teresa Perales s’est lancée en politique en 2003 au sein du Parti aragonais, siégeant jusqu’en 2006 au parlement de la région d’Aragon. Candidate et tête de liste aux élections générales espagnoles de 2008, elle n’obtient pas de sièges, mais ne s’arrête pas pour autant. Elle devient notamment conseillère au développement et au sport pour Saragosse, sa ville.
L’histoire de Teresa Perales, c’est celle d’une femme qui n’a jamais voulu renoncer face à l’adversité. Elle explique son rapport au sport :

“Pour moi, le sport est un incomparable vecteur de valeurs. Dès mon plus jeune âge, j’ai pratiqué le karaté, l’équitation… un peu de tout, sans jamais faire de compétition. Cela m’a endurci et m’a permis de comprendre la différence fondamentale entre perdre et cesser de gagner. Perdre, c’est abandonner ou ne pas oser essayer, tandis que cesser de gagner, c’est simplement ne pas obtenir (momentanément) ce que l’on désire. Mais le sport m’a aussi appris à oser gagner et à me battre chaque jour pour m’améliorer. Ne jamais me contenter de peu et toujours viser l’excellence dans tout ce que j’entreprends. D’une certaine manière, le sport m’a appris à vivre pleinement ma vie.”

Et ce n’est pas son palmarès paralympique, si ses nombreuses carrières menées en parallèle de la natation, qui viendront la contredire.


Palmarès

28x médaillées olympiques (7 or, 10 argent, 11 bronze)
20x médaillée mondiale (3 or, 10 argent, 7 bronze)
37x médaillée européenne (10 or, 19 argent, 8 bronze)

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