Claire Supiot – L’alliance entre la force mentale et la conquête de nouveaux horizons
Ecrit par Mariana
Première athlète de l’histoire du sport français à avoir participé aux Jeux Olympiques puis aux Jeux Paralympiques, Claire Supiot est une force de la nature. Atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, cette nageuse hors norme devenue coureuse sur terre a fait de sa vie un défi permanent, prouvant que tout est possible lorsque l’on décide de bousculer son destin.
Une vie jetée à l’eau par destin
Rien ne prédestinait Claire Supiot à une carrière de sirène, si ce n’est un événement
tragique survenu dans sa commune d’Écuillé-sur-Loir en 1967, où toute une colonie de vacances s’est noyée. Face à ce drame, ses parents la poussent à apprendre à nager. Très vite, Claire se révèle être dans son élément et intègre le sport-études de Dinard à seulement 13 ans et demi.
Sous la houlette de son entraîneur Jacques Mélier, elle compense son manque de prédispositions naturelles par un mental d’acier. Elle s’impose rapidement chez les valides en décrochant neuf titres de championne de France et se qualifie pour les Jeux Olympiques de Séoul en 1988. Après cette première vie sportive, elle s’arrête pendant près de 30 ans pour élever seule ses trois enfants.
Le « colocataire » et le retour historique
En 2015, à plus de 50 ans, Claire décide de replonger. Entre-temps, sa maladie génétique, la maladie de Charcot-Marie-Tooth (forme spinale), s’est déclarée. Loin de s’apitoyer, elle qualifie son handicap de « colocataire », une manière de rappeler que la maladie ne définit pas la personne.
Pour performer à nouveau, elle s’entoure d’une équipe de passionnés (préparateurs physique et mental, kinés, nutritionniste, et sa fille en community manager). Sa routine est digne des plus grands : réveil à 5h20, deux entraînements par jour, et des kilomètres avalés dans le bassin entre ses heures de travail. Son acharnement paye : elle se qualifie pour les Jeux Paralympiques de Tokyo.
Le saviez-vous ? À trois mois des Jeux de Tokyo, Claire a subi un changement de classification injuste la forçant à se requalifier en urgence. Elle l’a fait avec brio, devenant la seule athlète à se qualifier deux fois la même année pour la même olympiade, avant d’atteindre la finale paralympique du 100m papillon.
Tokyo : La consécration de l’émotion
De sa riche carrière, Claire garde des souvenirs impérissables, comme la Marseillaise de son titre de championne d’Europe. Mais son entrée dans le bassin de Tokyo, en pleine période de Covid, reste gravée à jamais.
« Peu importe ce qui va se passer dans le bassin, tu es la première athlète française à avoir fait les JO et les JP », s’est-elle répété en foulant le plot de départ. Un accomplissement qui fait écho à son passage sous le grand tunnel du stade de Séoul, 30 ans plus tôt, où elle avait enfin compris pourquoi elle s’était tant entraînée.
Nouveau défi sur la terre ferme : le Frame Running
Après avoir commenté les Jeux de Paris 2024 au micro de RMC, Claire ressent le besoin de tourner la page de la natation. Mais l’inactivité n’est pas faite pour elle. En août 2024, elle découvre le frame running, une discipline d’athlétisme pratiquée sur une grande draisienne à trois roues.
Désormais licenciée au SCO d’Angers, Claire s’entraîne d’arrache-pied sur la piste avec des chaussures à pointes, heureuse de pouvoir enfin courir debout et au grand air. Tout en menant de front son travail de référente handicap pour le département du Maine-et-Loire, elle garde les yeux grands ouverts sur son prochain rêve : se qualifier pour les Jeux de Los Angeles en 2028.
La philosophie du sport : Solidarité et inspiration au féminin
Pour Claire Supiot, la valeur du sport ne se mesure pas au nombre de médailles sur la boîte. Lorsqu’on lui demande quelle sportive l’inspire, elle refuse de citer un grand nom de championne. Pour elle, les véritables modèles sont toutes les femmes qui sortent de leur zone de confort : qu’il s’agisse d’une coureuse anonyme croisée en campagne ou de sa voisine de 60 ans qui s’astreint à l’aquagym et qui a relancé sa propre routine.
Elle défend un sport inclusif où valides et handis se côtoient, trouvant la beauté du geste dans la solidarité de l’effort collectif. C’est ce message universel qu’elle souhaite transmettre à la jeunesse : « Tout est possible à n’importe quel âge dès lors qu’on s’en donne les moyens et qu’on est bien accompagné ».
Le chiffre : 30
C’est le nombre d’années d’écart qui séparent les deux carrières sportives internationales de Claire Supiot (Séoul 1988 et Tokyo 2020).
Pour aller plus loin : En 2024, Claire a publié son autobiographie intitulée Sirène olympique (illustrée par son cousin Olivier Supiot) et a fait l’objet d’un documentaire sur France Télévisions, L’eau, la terre, Claire.